Quelles différences entre un blogueur et un journaliste ?
Encore un article sur les médias ! Je prépare toujours les concours d’entrée en école de journalisme, c’est donc mon sujet du moment.

(image trouvée sur Marshable)
Différence de forme
La rédaction d’un article sur Internet est très différente de celle d’un article papier :
- Le lien hypertexte : L’ellipse est proscrite sur papier alors que les liens hypertextes permettent de s’affranchir de l’explication d’un terme, un concept. Libre au lecteur qui veut en savoir plus de cliquer sur le lien.
- Le principe du commentaire : un billet de blog, ce n’est pas forcément un raisonnement abouti mais souvent une réflexion ouverte, un appel au débat dont la conclusion se forme peu à peu à mesure des commentaires.
- Le rapport aux sources : quand les journalistes exercent leur droit de ne pas citer leurs sources (voir article ici) les blogueurs utilisent les liens à outrance pour sourcer les faits sur lesquelles leurs analyses s’appuient et se donner ainsi une forme de légitimité.
Différence de fond
Le journaliste dispose d’un certain nombre de compétences et expériences nécessaires à l’exercice de son métier (techniques d’interview, rédaction de dépêches pour les agenciers, etc.). En théorie, il obéit aussi à la charte des droits et des devoirs du journaliste.
Le blogueur est libre, il n’a pas d’impératifs de vente, pas de rédac’chef derrière son dos et il se fiche bien des droits et des devoirs du journaliste. En revanche, il n’a pas de légitimité, à moins qu’il soit familiarisé avec les ficelles du métier de journaliste et les utilise. C’est le cas d’un certain nombre de blogueurs dits « influents » comme Tristan, Versac ou Lancelot, pour n’en citer que trois. Souvent repris par la presse, ils sont plus ou moins reconnus par les journalistes comme source fiable. Parfois même trop ! Ainsi, Tristan interviewait via Skype une Birmane expatriée anonyme alors que tous les journaux étaient en mal d’information sur le cyclone Nargis. Le Nouvel Obs, ni une ni deux, reprenait l’info sur son site sans vérification préalable. Mais la fiabilité du Nouvel Obs, c’est une autre histoire.
La toile et ses rumeurs deviennent une nouvelle source pour les journalistes. L’expérience montre qu’une information provenant des blogs ne prend valeur que quand elle est accréditée par la presse. Elle perd toute crédibilité quand ceux-ci la démentent en la recoupant avec d’autres sources. Par exemple, ça a été le cas pour le « hoax » lancé par la société de casques bluetooth cardo, qui a diffusé sur Dailymotion et YouTube des vidéos où l’on peut voir des grains de maïs se changer en pop-corn sous l’action des ondes émises par les téléphones portables.
Quid des journalistes-blogueurs ?
Certains, comme Cédric, Gilles Klein, Maud, ou la journaliste d’à côté, utilisent leur blog pour parler des médias et de leur métier. D’autres, comme Olivier Bonnet, le Chafouin, Arnaud Champremier-Trigano ou Etienne Ballmer, y publient des éditos et des reportages. Comment conçoivent-ils leur blog ? Un moyen de s’émanciper d’un rédac’chef ? Participer à un débat d’idées ? S’essayer à d’autres supports ? À eux de le dire…
- Posté par Antoine à 02:09
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Oui, moi je vois mon blog comm eun moyen d’exercer une liberté de ton que je n’ai pas, et que d’ailleurs je ne veux pas m’accorder dans ma profession de journaliste. Quand je travaille, je suis entre guillemets au service de la vérité, en essayant de tendre au max vers l’objectivité, alors que quand je suis sur mon blog, je dis ce que je pense.
C’est une forme de soupape, pour moi.
Libre réflexion d’un simple lecteur de presse sur vos propos. Je pense, Antoine, que tout ce que dit votre article est exact, mais ne fait qu’effleurer (esquiver ?) le fond. Vous y êtes pourtant presque quand vous parlez de « rumeur », mais il faudrait interroger ce concept. La rumeur c’est ce qui circule mais n’a pas besoin d’être vérifié, car elle se fonde sur sa propre circulation. La légitimité du journaliste n’est pas du tout dans ses techniques (le lecteur s’en fout), mais justement dans la vérification des sources et le respect de la charte, qui loin d’être « théorique », est au fondement du métier : c’est elle qui garantit au lecteur une certaine approche de l’objectivité, au moins un certain respect des faits et une garantie quant au recoupement des sources. Le blogueur lui aussi a sa légitimité. Le Chafouin la définit : c’est sa liberté de ton, Il est beaucoup plus dans l’opinion, et dans l’opinion individuelle. Individuellement, mes opinions et convictions ont la légitimité que je leur donne, point final, je n’ai en général pas besoin d’aller invoquer des faits très vérifiés. L’opinion, la conviction, la foi, ne sont pas regardantes sur les faits. Le journaliste lui, est regardant. Il va y voir de plus près. Enfin, disons-le, la grosse différence, c’est que le blog en général a des infos de seconde main. Son intérêt c’est la circulation rapide des idées et (éventuellement) des infos. Encore faut-il que ce soient des infos…et ça, cest le métier du journaliste. S’il vous plaît, Antoine, quand vous sortirez de votre école, ne dites plus que la charte est théorique : nous avons besoin d’avoir confiance en vos écrits, nous simples lecteurs !
As-tu vu l’article de Pascal Riché, rédacteur en chef de Rue89, sur le Monde daté mercredi ? la presse, l’internet et la citadelle assiégée. Il donne les avantages d’internet : la mobilisation collective et interactive comme après la tuerie du campus de Virgiia Tech, permettant de sortir sur Wikipedia un dossier complet très vite, avec beaucoup plus de moyens qu’un journal. Et surtout, « l’article 2.0″ : l’article sur le blog n’est jamais clos.
je me permets de rajouter, dans ta liste de journalistes-blogueurs, l’excellent Sylvestre Huet, journaliste à Libé, dont le blog reprend les thèmes de travail favoris, à savoir la recherche et ses réformes, la science et plus particulièrement les sciences de l’univers. Un must, où l’auteur dispose de d’avantage d’espace encore qu’au sein même du journal.
A visiter ici:
http://sciences.blogs.liberation.fr/
Chafouin > Merci pour ta réponse, il me semble qu’elle est assez représentative en plus. Moi j’en suis venu au journalisme par le blog, pas l’inverse (mais bon, hein, je ne travaille pas encore moi)
Pierre > quand je disais « théorique », je pensais bien-sûr à Airy Routier et quelques autres. J’ai lu l’article de Pascal Riché. Très « mind-challenging » à l’heure où les journalistes s’arrachent les cheveux pour trouver des modèles économiques pour les médias web : il leur répond : ne vous inquiétez pas, le journalisme ne va pas mourir, ce sont les journalistes qui vont crever !. Je trouve que c’est un peu hypocrite de sa part en tant que directeur de Rue89, soit-disant média ouvert aux internautes : les rares articles qui ne sont pas publié par les journalistes de Rue89 sont souvent publiés… par d’autres journalistes !
Clotilde > Merci pour le lien, je ne connaissais pas celui-là. Je vais me plonger un peu dedans quand j’aurai le temps.
Théoriquement, le journalisme devrait procéder d’un long et travail d’investigation, travail qualitatif lourd qui devrait le séparer de l’amateur – le blogueur.
Dans la pratique, le souci d’exister médiatiquement fait que de nombreux journalistes privilégient leur carrière et le paraître, sur leur travail. La qualité générale des articles est en berne, pâle resucée de l’AFP. D’ailleurs, le politically correct fait même que paradoxalement les articles de journaliste sont souvent sans valeur ajoutée, mais surtout sans saveur.
A l’inverse, certains blogueurs travaillent finalement plus leur recherche car ils veulent être légitimes, ou plutôt crédibles.
Par conséquent, il n’est pas étonnant que ces deux ascenseurs finissent par ses croiser.
Bravo pour ce blog
T.
Voir sur ces sujets le blog des assises du journalisme (http://ipjblog.com/leblogdesassises/) écrit par les étudiants de l’IPJ : « La collaboration entre les journalistes professionnels et les internautes a de beaux jours devant elle. La thèse de cinq journalistes, qui demandent au public de fournir des contenus à leurs médias, inquiète l’assistance, composée en majorité de journalistes. ” Il faut s’adapter aux nouveaux modes de consommation et ne pas se replier dans le conservatisme “, plaide Benoît Raphaël, rédacteur en chef du Post.fr.Les attaques fusent sur la qualité du journalisme de participation. “Il ne s’agit pas d’information sérieuse mais d’un mélange douteux d’information et de commentaire ”. “ L’opinion d’un lecteur sur un sujet qu’il ne maîtrise pas n’a aucune valeur”. Philippe Duley, rédacteur en chef d’Aujourd’hui en France et du Parisien fait front. Ce journaliste défend ” la voix express “, une sorte de micro-trottoir présente sur un quart de page dans les colonnes de ses journaux. »
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« Autre accusation : les médias qui impliquent leurs lecteurs dans la fabrication de l’information confondent souvent info et intox. ” Le journalisme participatif exige la même rigueur que le journalisme traditionnel”, soutient Aurélien Viers, rédacteur en chef de Citizenside, un site internet qui achète des photos à ses contributeurs. Et nul besoin de gros effectifs pour contrôler les contenus. »